Le bien-être au travail n’est-il finalement qu’un gadget inutile ?
Les différents ateliers qui peuvent être proposés aux salariés sont-ils totalement inutiles ?
Une étude récente tente de le démontrer. Que ce soit au travers d’articles de presse ou de rapports de missions parlementaires, cet avis semble se confirmer. À moins…
À moins que nous ne fassions fausse route tant sur l’objectif que sur la façon de conduire l’intervention d’un sophrologue en entreprise.
Abandonner par manque de résultats ?
Cette réflexion que je partage aujourd’hui m’est venue à la lecture d’un article de Catherine Abou El Khair , paru il y a quelque temps sur le site de l’Express sous le titre évocateur : « Les ateliers bien-être au travail: un simple gadget ?«
Cet article tend à démontrer l’inutilité des « ateliers bien-être au travail ». Ce terme générique étant utilisé pour ne pas citer le yoga, la sophrologie, la relaxation, la méditation et autres techniques. Cet ensemble constituerait, selon l’article, un marché « florissant« .
Cet article s’appuie sur les résultats de cette étude (1) menée au Danemark, et cosignée par l’INRS. Les résultats démontrent l’absence d’effets durables des programmes de promotion de la santé, y compris du sport, qui, selon ce chercheur, « ne procurent aucun effet de satisfaction à long terme ».
Cette position fait échos aux propos de Christophe Dejours (2) lors d’une audition au sein de la mission d’information parlementaire sur « le syndrome d’épuisement professionnel ». Mission mise en place par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale.
En effet, pour le chercheur, quand il est question de burnout et de bien-être au travail, la situation semble évidente :
» Ce n’est pas en mettant des médecins, des numéros verts ou en faisant du yoga que vous allez résoudre ces problèmes « .
Coopération et bien-être au travail.
Derrière ces affirmations se cache en fait tout le problème des ateliers de bien-être au travail : ils ne font qu’aider les salariés à gérer les conséquences d’une situation. Le stress n’est pas le problème en lui même. Il n’est qu’un effet induit par le mode de fonctionnement de l’entreprise.
Dans ses propos, Christof Dejours poursuit
» C’est en prenant le temps de se parler, de s’écouter les uns et les autres
[…] avec un temps qui n’est pas seulement un temps de transmission des ordres, mais un véritable temps d’échange, que peut alors jouer une coopération permettant une régulation. »De même, à la question de savoir comment réduire ce syndrome d’épuisement professionnel, le chercheur répond :
» C’est un problème d’organisation du travail qui ne peut être isolé de cette question. Une loi sanctionnant les managers et dirigeants qui mettent leurs salariés en surcharge pose des tas de problèmes, car ils méconnaissent le travail et aussi le psychisme. »
Seules les entreprises peuvent agir, au travers de leurs structures et de leurs modes de management, sur les sources du problème. Les « ateliers bien-être » ne résoudront effectivement rien par eux-même.
La véritable mission du bien-être au travail.
Faut-il par conséquent abandonner toute tentative et supprimer définitivement les actions de bien-être en entreprise ? En ce qui concerne la sophrologie, je reste fidèle à ma position : oui, mais d’une façon très précise.
En effet, pour moi, il est urgent de repositionner notre rôle et notre action pour être crédible et apporter une valeur ajoutée.
Penser et tenter de faire croire que nous avons LA solution est illusoire. Cela ne peut que nuire à l’effet recherché. Nos interventions, à elles seules, ne peuvent régler aucun problème. Pire, elle peuvent être utilsiées pour les masquer.
Par contre, et c’est probablement là l’intérêt de tout atelier bien-être en entreprise, la sophrologie peut aider et accompagner un processus de fond.
Partant de ce postulat, la sophrologie – ou toute autre forme d’activité liée au bien-être en entreprise – peut être utilisée pour accompagner et faciliter le changement nécessaire à l’entreprise. A condition que ce dernier soit voulu et mis en place par l’entreprise.
En effet, notre mission n’est que d’accompagner les salariés, quel que soit leur niveau hiérarchique, dans la gestion de leur stress. Nous ne pouvons qu’apporter des outils qui aident à retrouver une certaine stabilité, apaiser les tensions existantes et donc contribuent à rétablir un climat propice à la communication et à l’échange. Donc au changement, au retour à une situation apaisée.
Le bien-être en entreprise doit reprendre sa véritable place d’action d’accompagnement. Vouloir en faire la solution me semble une erreur de la part du praticien. Mais aussi de l’entreprise qui voudrait ainsi se défausser d’un travail de fond qu’elle seule peut mener.
Si le marché du bien-être en entreprise doit rester florissant, ce doit être au plus grand bénéfice des entreprises et de leurs salariés.
À nous, sophrologues et spécialiste du bien-être au travail, de nous adapter. Il nous faut sortir de notre routine et de nos habitudes. À nous de proposer des ateliers, exercices et formations adaptées aux besoins réels de l’entreprise.
Notes
(1) Étude réalisée auprès de 10.000 salariés danois, cosignée par Vincent Grosjean, chercheur à l’INRS (l’Institut national de recherche et de sécurité)
(2) Responsable de l’équipe : « Psychodynamique du travail et de l’action », enseignant-chercheur au CNAM
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et merci à Sabine d’avoir lancé ce débat et bravo pour le livre d’installation du sophrologue car je reconnais que cela m’aurait bien aidé quand j’ai démarré :-)
Je n’y suis que pour une toute petite part ! La richesse de cet échange vient surtout de celles et ceux qui y participent ;)
je rebondis sur les propos de Nathalie. Oui bien sûr il est important de tenir compte de la réalité du terrain, impossible de faire SANS mais plutôt AVEC avec. Partir de là où nous en sommes et apporter « notre pierre à l’édifice » avec nos moyens et nos compétences pas plus mais pas moins. Il y a de nombreuses entreprises qui sont intéressées par ces actions de bien-être et santé surtout que ces actions s’inscrivent dans un cadre législatif. Une entreprise qui n’a pas inscrit cette démarche dans sa stratégie ne fera pas appel à nos services de toute façon. L’entreprise c’est aussi les collaborateurs qui la composent et certains sont prêts à assister à des séances ou ateliers sur l’heure du déjeuner (entre autre parce que c’est sur place) comme ils le feraient avec d’autres approches. Pour l’anecdote il y a 10 ans j’ai présenté un projet de e-learning pour l’international, les examinateurs m’ont fait la remarque suivante : vous savez le e-learning cela ne fonctionne pas très bien déjà en France alors pour l’international …Quand je vois aujourd’hui l’essor des MOOC, SPOC etc… je me dis qu’il faut croire à ce que l’on sent. Si vous avez envie d’aller offrir vos services aux entreprises comme c’est le cas pour moi, faites le et même si en final cela ne correspond aux attentes que vous vous étiez fixées au moins vous l’aurez expérimenté. Belle journée à tous et à toutes.
Bonjour chères consoeurs,
J’apprécie vos échanges qui s’affinent et se clarifient tout en se complétant. Je vous remercie toutes, et particulièrement Sabine qui a eu le mérite d’ouvrir le débat. Je suis actuellement en pleine réflexion et de vous lire m’aide à avancer sur et dans mon projet. Gratitude à vous toutes.
je pense que c’est pour cela que je ne prospecte pas en milieu professionnel. Je retrouve trop les contraintes que je ressentais en tant qu’assistante sociale. Nous dépendons beaucoup de l’extérieur dans notre accompagnement. Pour faire le parallèle, en tant qu’AS lorsque j’accompagnais une personne pour qu’elle retrouve de l’autonomie et qu’elle avait besoin de se loger, nous dépendions, elle et moi, énormément de l’offre de logement, de ses revenus etc. Je ne dis pas que c’est bien ou mal, et c’est une réalité de fait. Mais personnellement après 20 ans de ce type d’accompagnement j’aspire à puiser principalement dans les ressources qui sont propres à la personne. Et mon sentiment ( qui se vérifie avec vos expériences) est qu’en entreprise, ce n’est pas uniquement une relation entre les salariés et le sophrologue mais il y a un tiers incontournable qui est l’employeur. Un tiers qui a une attente qui lui semble légitime vu qu’il est l’employeur et le financeur de l’action auprès des salariés de son entreprise. Pour moi, accompagner les personnes en sophro c’est les aider à trouver ce qu’ils peuvent mettre en place pour se sentir pleinement vivant. Du coup, ils pourraient très bien vouloir, s’affirmer face à la direction, vouloir changer de métier, vouloir se syndicaliser etc… Pas certaine que cela soit ce qu’envisage l’employeur avec un atelier sur le Bien-être. Je digresse peut être un peu, et en même temps je suis contente de pouvoir partager mon point de vue ici. merci à vous .
Votre point de vue est trés juste..Je crois surtout qu’il ne faut pas se perdre dans notre rôle premier de sophrologue. Nous ne sommes ni des managers, ni des consultants, ni des coachs.. à moins d’en avoir développer les compétences. Sans quoi nous dénaturons notre métier et surtout notre rôle. Quand au mentalité cela reste l’identité première de chacun..pas sure qu’il faille vouloir les changer mais plus leur donner envie de se questionner pour les faire évoluer.. merci pour votre blog…une belle maniére d’échanger..
Merci Sabine pour cet article très intéressant
Bonjour Sophrologue Corinne Chiamento, je crois que vous avez parfaitement résumé mon propos.
Quand je parle d’outils, je pense, comme cela est également dit dans l’article et que vous avez souligné par vos propos, que nous n’avons pas LA solution. Notre rôle est celui de « facillitateur » La démarche initiale doit venir de l’entreprise et notre rôle n’est que de 1) pacifier la situation si elle en a besoin 2) accompagner dans le changement de mentalité, la prise de recul, la reconstruction de la place de chacun 3) apporter les techniques qui permettront à chacun de maintenir ce climat. C’est à ce point que l’on se rends effectivement compte que la démarche n’a de sens que si 1) elle est précédée d’une action de fond menée par l’entreprise 2) elle est soutenue par cette dernière 3) elle s’inscrit dans une volonté à long terme.
Je trouve que l’étude mené par le chercheur tombe sous le sens! en effet c’est vouloir ce leurrer que de penser résoudre un problème ou apporter des solutions inhérentes à une politique de fonctionnement d’une entreprise et donc le relationnel dans les équipes et la hiérarchie. Je site: » Nous ne pouvons qu’apporter des outils qui aident à retrouver une certaine stabilité, apaiser les tensions existantes et donc contribuent à rétablir un climat propice à la communication et à l’échange. Donc au changement, au retour à une situation apaisée. » Qu’entendez-vous par apporter des outils? Les outils c’est eux qui les ont… Je pense qu’il faut surtout remettre en question sa pratique, bien définir les objectifs visés avec l’entreprise.. D’autre par si l’entreprise ne joue pas le jeu à fond avec ses salariées malgré des interventions ou ateliers, non n’en sommes pas responsable. Une bonne organisation au travail serait la clef utile, les ateliers ou formations dirigées vers le mieux être un moyen et non une solution pour accompagner chacun dans une évolution de soi et de ses rapports avec autrui… Le stress et le burn out est révélateur du climat environnant dans lequel nous baignons tous. Le burn out est une vrai problématique qui doit réellement alerté les entreprises sur leur conduite des salariés au quotidien. Il n’y à qu’a voir le tx de suicide récent chez les infirmiér(e)s.. Ceux-ci étant l’humain reste le seul à décider ce qui veux pour lui et comment! merci de me lire. Belle journée à tous.
Merci Sabine pour cette précision. Nous nous rejoignons car effectivement la sophrologie est bien plus que de la relaxation :-)
Bonjour Corinne Guizelin, l’étude citée dans cet article démontre justement l’absence d’effets à long terme de ces actions, y compris celles qui consistent à proposer une activité sportive.
Derrière un titre volontairement provocateur, car il suit l’avis que je tente d’expliquer pour mieux le contredire, mon objectif est bien de réaffirmer notre utilité. Mais cette utilité, cet apport, ne réside pas, à mon avis, dans de simples séances de relaxation. Je n’ai visiblement pas réussi à faire passer le message qui était le mien.
En tant que sophrologue et consultante en prévention santé si je ne crois pas à mes valeurs je vais rencontrer quelques difficultés à les véhiculer. La question n’est pas seulement de savoir si on apporte un petit plus, un gadget ou comment se positionner mais d’avoir envie de partager ce qui nous fait du bien. Il existe de nombreuses entreprises qui proposent des abonnements sportifs ou des cellules psy d’écoute à leur collaborateurs, voire même qui construisent un espace sportif au sein même de leur locaux. Pourtant il n’est pas indispensable de faire du sport. Pourquoi la sensibilisation et la pratique d’exercices sophrologiques (ou autres techniques bien-être) au sein même du travail devrait être perçu comme un gadget ? Pour moi l’amélioration des conditions de travail passe effectivement par la relation à l’humain, la communication, écouter et s’écouter tout ce que la sophrologie propose en quelque sorte. :-)
Cela pose la question de notre positionnement dans le monde de l’entreprise.
Les organisations du travail ne changeront pas. En revanche apporter ce « petit plus » à l’humain afin de l’aider à mieux vivre les contraintes de la société actuelle, oui ! En bref à nous activistes du mieux-être en entreprise (c’est un peu une provocation de ma part) de travailler à une « humanisation des ressources » au lieu d’être les instruments de la gestion des ressources humaines….
Un gadget peut etre. Inutile , pas sur. Une solution durable certainement pas . La solution pour une meilleure qvt passe Par l’humain, la communication et une meilleure organisation du travail. Cependant, un pansement peut, parfois, éviter une infection plus grave ;-)
Merci beaucoup.
Article très intéressant… surtout pour une responsable Prévention Santé Sécurité au Travail comme moi!!!!
Très intéressant ! Sylvie Naya, c’est l’occasion de nous donner un point de vue différent !
Je crois qu’il faut rester tres vigilant sur la récupération faites des ateliers dans des plans d’actions Rh « poudre aux yeux’ qui visent à faire oublier que le bien être au travail est avant tout à la main des Managers!
Excellent article, merci Sabine !
Un article avec une approche différente : https://hbr.org/2016/11/employers-need-to-recognize-that-our-wellness-starts-at-work . Personnellement je pense que le bien-être est une composante de la vie et que sa place est autant dans l’environnement professionnel que personnel.
Bonjour Corinne Guizelin, J’aime beaucoup cet article de la HBR. En fait, j’en arrive à peu près aux mêmes conclusions.
C est exactement ce que j’ai expliqué hier à mon compagnon qui me suggérait d’aller proposer mes services en entreprise. Il avait vu un reportage TV qui parlait de cette « mode » des ateliers bien-être en tout genre et que la dernière tendance était le Mindfulness. Je suis effectivement partante uniquement s’il y a une action globale sur l entreprise afin de changer durablement les sources de mal être. C’est comme avec un particulier. Il conservera un état de mieux-être uniquement s’il installe de nouvelles habitudes qui lui sont bénéfiques. Je précise que les nouvelles habitudes peuvent être différentes d’une personne à une autre. Et en même temps, elles sont indispensables .
Merci encore une fois pour cet article clair et précis. Je suis pleine d’admiration pour votre travail.